Acteurs et réseaux de la Révolution et de la contre-Révolution en Europe (1789-1850)

Les travaux récents en histoire politique, sociale et culturelle ont mis en lumière la nécessité de ne pas opposer action individuelle et logiques collectives. Les comportements et les positionnements politiques liés à des phénomènes de générations, à des logiques d’amitiés, de parenté, d’origine locale, de formation commune, ou à des expériences communes sont autant d’éléments qui contribuent à éclairer de nombreux positionnements politiques. Cette approche a contribué à renouveler l’historiographie de la grande transition entre Ancien Régime et libéralisme que connaît l‘Europe de la fin du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle. Jamais les hommes et les idées n’avaient massivement autant circulé en Europe, jamais des expériences politiques s’influençant mutuellement n’avaient autant été menées dans un temps aussi limité. L’historiographie de la Révolution française et de l’Empire s’est largement orientée vers une dimension européenne et affiche désormais un intérêt marqué pour les aspects culturels. La période postérieure est marquée par l’agitation révolutionnaire jusqu’au printemps des peuples des années 1848-1850 et par le rôle marquant de cette internationale révolutionnaire qui, de 1815 à 1848, a alimenté toutes les révolutions que connaît alors l’Europe. Il est aussi désormais acquis que la Révolution ne peut s’étudier qu’en relation avec son contraire, la Contre-Révolution, les deux interagissant étroitement et correspondant à un phénomène global, celui de la naissance de la politique moderne. Dans cette perspective, les bases de données collectives apparaissent de plus en plus comme des instruments dotés d’un fort potentiel. Encore peu développées à cause de l’effort épistémologique et technologique qu’elles imposent, elles s’avèrent toutefois d’une grande fécondité, comme le montrent actuellement les expériences menées au CHEC et au CELIS. L’usage de tels instruments a ainsi permis de mettre en relief l’importance de la notion de réseau dans l’action collective et individuelle. Notre projet consiste à développer à Clermont-Ferrand la base de données de référence sur les acteurs et les réseaux de la Révolution et de la Contre-Révolution qui fait défaut dans le paysage européen de la recherche historique sur cette période.
Pour ceci, le CHEC et le CELIS disposent d’un fort potentiel local (tradition clermontoise des travaux sur la Révolution, le romantisme et depuis peu sur la Contre-Révolution et l’histoire connectée), et d’une technologie qui serait mise à notre disposition : la base de données de type Fichoz accessible à partir de la plate-forme Adonis du CNRS. Pour être lancé, un tel projet doit bénéficier de la présence d’un chercheur historien à plein temps ayant de hautes compétences scientifiques ainsi qu’une expérience en gestion des bases de données. Un post-doctorat correspond parfaitement à un tel objectif. Il (ou elle) devra procéder à la mise en place de la base, à la formation des partenaires et à l’intégration des données collectées dans leurs travaux en rapport avec le projet. Ces données concernent surtout les réseaux de la Révolution. Pour cette raison, notre projet prévoit aussi de privilégier au travers du recrutement d’un post-doctorant et d’un doctorant les travaux touchant au domaine qui nécessite le plus d’enquêtes de terrain : celui des acteurs de la Contre-Révolution européenne. Les deux allocataires ont des tâches complémentaires. Après la mise en place de la base de données, le post-doctorant devra procéder au dépouillement systématique de la correspondance de quelques-uns des acteurs majeurs de la Contre-Révolution, en ciblant de manière privilégiée la période post-napoléonienne. Le doctorant devra élaborer une monographie sur la période antérieure, en se centrant sur l’un des espaces européens pour lesquels les travaux sont très anciens ou absents (la Suisse, l’Italie ou l’Espagne). Il devra intégrer toutes ses données dans la base.

Le projet est clairement structurant puisqu’il doit donner les moyens humains indispensables au lancement de la base Révolution/Contre-Révolution, une base ouverte,consultable à distance, à la capacité immense et à la pérennité assurée qui a vocation à attirer les chercheurs travaillant sur la période envisagée et à susciter des travaux nouveaux à l’échelle européenne sur la thématique choisie.

Coordinateur scientifique du projet : Jean-Philippe Luis
Partenaire du projet : le CELIS